Suite au billet de réaction sur le fiasco de Copenhague, discutons maintenant les non-avancées particulières concernant la prise en compte des projets de captage et le stockage du CO2 dans le Mécanisme de Développement Propre (MDP). En VO: CCS and the Clean Development Mechanism (CDM).

L'industrie est évidement pour. Cela rapporterait des millions. Le projet de Bach Ho (White Tiger Field, NM0167) au Viet Nam, par exemple, propose de capter jusqu'à 4.6 Mt CO2/an, de le transporter sur 144 km et de l'utiliser pour la récupération assistée de pétrole. Au cours de plusieurs dollars la tonne de CO2, on parle bien de dizaines de millions de dollars par an.

Mais à Copenhague les négociations n'ont pas beaucoup bougé. D'après la GCCSI Newsletter 1, 1st quarter 2010, les opposants ont pointé les problèmes de responsabilité pour la vérification, les incertitudes sur le taux de rétention du CO2 et l'absence d'assurance pour les risques de fuite ou de dégâts environnementaux. Les critiques portent aussi sur le risque d'éviction sur l'investissement dans les énergies renouvellables et l'efficacité énergétique.

Ce dernier point me semble plus qu'un risque moral. Compte tenu de la taille des projets, inclure le CCS aboutirait facilement à doubler ou tripler l'offre sur le marché des certificats de réduction CDM (CER). Augmentation de l'offre, donc diminution du prix. La segmentation du marché des CER me semble une tendance de fond (comme par exemple la Thailande le fait), parce qu'il est difficile de continuer à mettre dans le même sac les projets d'incinération de CFC22 inévitable à l'échelle industrielle et les projets de valorisation de biogaz villageoises.

A Copenhague, l'Arabie Saoudite, l'Australie, le Japon, le Koweit, le Qatar, et l'Union Européenne se sont montrés favorables à l'inclusion du CCS dans le CDM. Le Brésil, le Paraguay et la coalition des petits états insulaires AOSIS étaient contre. D'après le compte rendu de Tim Dixon "CCS in Copenhaguen, the future work", les conclusions du rapport d'experts commandé par le Bureau Executif du CDM étaient plutôt positives. Le résumé du rapport d'experts, page 23, conclut bien:

The CDM offers an opportunity to support such developments through the development of an overarching international framework for CCS site characterization, selection, monitoring etc in Non‐Annex I countries through the approval of an appropriate methodology.

Mais les experts peuvent écrire ce qu'ils veulent, l'accord politique ne s'étant pas fait la conclusion du Bureau Executif du CDM était plus que prudente:

4. The CDM Executive Board recommends the Conference of the Parties serving as the meeting of the Parties to the Kyoto Protocol to request the CDM Executive Board not to consider any CCS related CDM baseline and monitoring methodologies submission until further guidance is provided.

Bref, les négociations continuent.