Captage et stockage du CO2, enjeux techniques et sociaux en France.

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samedi 10 juillet 2010

Les titres de notre actualité CSC en Mai et Juin 2010

Mai 2010 était marqué par l’annonce des trois autres projets de démonstrateurs de recherche CSC retenus par l’ADEME. Après le captage par antisublimation Pil-Ansu, c’est donc la recherche d’un site de stockage avec France Nord, le captage classique aux amines avec C2A2 au Havre et le projet intégré captage-stockage pour la sidérurgie dans le cadre d’ULCOS qui seront aidés. Le mois a aussi été riche en conférences et séminaires. Dépassant désormais largement le monde universitaire, les évènements se diversifient et se spécialisent par secteur économique et aires politiques. Pour plus de détails, lire la lettre d'information Metstor.fr de Mai 2010

En Juin, à l'occasion du sommet G8 l'AIE note que les objectifs affichés deux ans auparavant n'ont pas été atteints. La faute à la crise et à l'hyper-optimisme desdits objectifs ? L'article de Gary Shaffer dans Nature Geoscience, sur les impacts à long terme des fuites en terme d'acidification océanique et autres, a fait quelques titres dans la presse régionale. Les anglais pensent officiellement au CSC pour les centrales à gaz. La notion de cluster (grappe) de sources et de puits de CO2 commence se populariser avec un article dans le Carbon Capture Journal. Cette notion était déjà dans les scénarios IFP/BRGM de SOCECO2, le projet CoCate au Havre, et les études sur les infrastructures de transport. Plus de détails dans la lettre d'information Metstor.fr de Juin 2010

jeudi 8 juillet 2010

AMI pour un démonstrateur ou deux ?

Communiqué tout juste reçu:
Jean-Louis BORLOO, ministre d'État, ministre de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer, en charge des Technologies vertes et des Négociations sur le Climat, et Chantal JOUANNO, Secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, lancent un appel à manifestation d'intérêt destiné à identifier les projets français de démonstrateurs de captage et de stockage du CO2 et d'énergies renouvelables susceptibles d'être financés dans le cadre du dispositif européen NER300. Les projets ainsi identifiés pourront bénéficier d'un accompagnement de l'Etat afin de leur permettre d'accroître leur chance de succès dans le cadre de la procédure de sélection européenne. Les réponses sont attendues pour le 6 septembre 2010, à 10h. L'appel à manifestation d'intérêt et les dossiers de soumission sont à télécharger sur le site de l'ADEME.
ULCOS est un candidat naturel. Le Havre en veut aussi. Je verrais bien un projet de cluster de captage avec exportation du CO2 par bateau. Avantages:
  • C'est un développement naturel du projet CoCate.
  • La dimension internationale plairait à Bruxelles qui autrement risquerait de ne pas vouloir financer deux projets en France, et comme ULCOS est le seul projet CCS sidérurgique au monde il a une priorité haute.
  • L'idée d'une nouvelle centrale à charbon a déjà soulevé une vague d'opposition il y a quelques années, le camp action climat ne va pas faire baisser la pression.
  • D'ailleurs les industriels n'investissent plus trop dans les centrales à charbon ces temps ci.
  • Cela donnerait de la valeur d'option réelle à l'idée d'un pipeline dans le corridor de la vallée Seine: si on peut injecter dans le bassin parisien il y aura déjà des clients pour fournir du CO2. Et si on peut pas injecter on aura déjà des infrastructures portuaires au bout du pipe pour l'exporter.
  • Le Havre c'est un port, un traffic supplémentaire c'est de l'activité économique. Il y a un savoir faire dans l'activité de tanking hydrocarbure/chimie et même un projet de terminal gazier à quelques kilomètres qu'on pourrait peut être amender.

lundi 28 juin 2010

Le point sur les projets industriels CCS en France (mise à jour fin Juin 2010)

  • Le projet Total, démonstrateur intégré de captage par oxycombustion à Lacq, transport et injection en gisement de gas déplété à Rousse près de Pau (64) a été inauguré début janvier 2010.
  • Le projet Cocate coordonné par l'IFP est lancé dans le cadre du 7e programme cadre de l'union européenne. Il s'agit d'étudier la mise en place d'un réseau mutualisé de transport des fumées dans la zone du Havre.

Projets retenus dans le cadre du Fonds Démonstrateurs géré par l'ADEME:

  • Le projet Pil-ANSU de démonstrateur au 1/100 de captage par antisublimation.
  • Le projet C2A2 de captage en post-combustion avec des solvants avancés sur la centrale thermique EDF du Havre avec Alstom et Véolia (la fiche descriptive).
  • Le projet France Nord, coordonné par Total va étudier la possibilité d’implanter dans le bassin sédimentaire situé dans le Centre-Nord de la France métropolitaine, une infrastructure pilote de transport et de stockage de CO2, utilisée par plusieurs industries émettrices de CO2.
  • Et le projet de captage sur le haut-fourneau de Florange, dans le cadre du programme de recherche ULCOS. Mené par ArcelorMittal, il n'a pas été financé au 1er tour par la commission européenne, mais est susceptible de l'être puisque c'est le seul projet de démonstrateur de taille industrielle dans son secteur, et aussi le seul en France.

Projets en sommeil

  • Le projet de Veolia Environnement à Claye-Souilly (77) n'est à ce jour (juin 2010) pas financé dans le cadre du fonds démonstrateur.
  • Il n'y a pas de projet de centrale thermique au charbon actif en France, donc pas de projet de démonstrateur industriel dans ce domaine

vendredi 25 juin 2010

Le CSC dans les scénarios de prospective énergie France

Dans le cadre du projet de recherche EnCiLowCarb : Engaging Civil Society in Low Carbon pathways, Mathy, Bibas et Fink ont publié un rapport intérmédiaire faisant le point sur les Scénarios de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour la France. Que disent ces scénarios à propos du CCS ?
  • Si on veut atteindre le Facteur 4 de réduction des émissions en 2050 sans CCS, alors il faut complétement abandonner le charbon (p. 92).
  • Dans le rapport Syrota (2007, p. 421) le recours à la CCS permet de passer d'un facteur d'environ 2,4 à 3,8 (scénario volontariste, modèle MedPro-POLES).
  • Dans le rapport du groupe Facteur 4 (MIES, 2004), si le CSC est permis alors cela relache la pression exercée par la contrainte carbone sur les autres secteurs (p. 79 du rapport EnCiLowCarb), car il est utilisé en grand: 123 voire 200 Mt CO2 de réduction en 2050.
Ces propositions doivent être abordées avec la prudence convenant aux résultats d'études prospectives à très long terme. Les auteurs du rapport Syrota (2007) écrivent que le modèle MedPro-POLES n’atteint, dans le scénario volontariste étudié, le facteur 3,8 que grâce au recours à la production d’électricité par des centrales à charbon associées à de la séquestration à hauteur de 60 Mt en 2050. Sans cette séquestration, le scénario aboutit au facteur 2,4. Mais dans cette hypothèse, il y aurait lieu de faire tourner à nouveau le modèle pour obtenir un facteur 3,5 à 4 en utilisant différents recours : biomasse chaleur décentralisée, biocarburants, augmentation modérée de l’électricité nucléaire, etc., et avec l’aide éventuelle d’une valeur carbone propre au modèle plus élevée. . Pour Mathy et al. (p. 46), Ceci est révélateur de l’incapacité de ces modèles à représenter des bifurcations aux niveaux de la demande d’énergie. Avec de tels niveaux de réductions d’émission et de tels prix du carbone, il est peu envisageable de pouvoir se contenter de raisonner à demande exogène fixée pour Syrota‐Markal ou avec une demande évoluant selon une élasticité prix de la demande calibrée sur le passé pour Enerdata et Syrota‐Med‐Pro alors que les demandes vont forcément connaître de fortes bifurcations et réorientations dans un contexte de Facteur 4.

mercredi 9 juin 2010

Mémo d'acronymie bruxelloise: SET-Plan, SETIS, EII et CCS EII

A consulter avant de lire le CCS EII implementation plan préparé par la ZEP qui met en oeuvre le SET-Plan pour la CCS et dont les KPI devraient être suivis par SETIS, en particulier les FEED et FID des projets aidés par l'EEPR et NER300.
SET-Plan
Strategic Energy Technology Plan. Presented by the Commission to accelerate the development and deployment of cost-effective low carbon technologies. The plan comprises measures relating to planning, implementation, resources and international cooperation in the field of energy technology. It looks to meet EU emission targets – namely, a 20 percent reduction in greenhouse gas (GHG) emissions under 1990 levels by 2020 and 60-80 percent by 2050 – by bringing together industry, NGOs, EU member states and EU authorities in a joint effort to fund and advance six categories of much-needed low-carbon technologies: These include solar, wind, CCS, nuclear fission and bioenergy. (Press releases explaining the SET: 2007, 2008.)
SETIS
Information System of the European Strategic Energy Technology Plan (SET-Plan). A website containing data and methodologies supporting decision-making on the SET Plan. SETIS's collects, harmonises, validates, analyses and disseminates information on the priority energy technologies identified by the SET Plan, across the EU. The goal is to provide undisputed and transparent data and methodologies to support the strategic planning, monitoring and evaluation of the European Energy Technology policy.
EII
European Industrial Initiative. The means by which the SET-Plan looks to achieve its objectives is through the EIIs, which consist of large-scale programmes at EU level aimed at developing a portfolio of key low-carbon technologies. The risk-sharing, private-public partnerships underlying the EIIs are pivotal to the success of the initiatives. Four of the six EIIs were launched under the SET-Plan conference in Madrid on June 3rd-4th, organized by the European Commission and held at the Spanish National Research Council (CSIC).
CCS EII
Carbon Capture & Storage EII. The aim of the CCS EII is to enable the cost competitive deployment of CCS by 2020. Its implementation plan was presented on June 3rd-4th in Madrid. In addition to a technology roadmap for the next ten years and an action plan for the next two years, it presents key monitoring and assessment criteria and an outline of the management structure and funding sources.
EEPR
European Energy Programme for Recovery. A funding program through which 1 billion has been awarded to 6 CCS demonstration projects (Press release)
NER300
A financing instrument managed jointly by the European Commission, European Investment Bank and Member States, so-called because Article 10(a) 8 of the revised Emissions Trading Directive 2009/29/EC contains the provision to set aside 300 million allowances (rights to emit one tonne of carbon dioxide) in the New Entrants’ Reserve of the European Emissions Trading Scheme for subsidising installations of innovative renewable energy technology and carbon capture and storage (CCS). The allowances will be sold on the carbon market and the money raised - which could be as much as 4.5 bn EUR if each allowance is sold for 15 EUR - will be made available to projects as they operate. First call for proposal to be published in June 2010.
TEN-E
Trans-European Energy Networks. The European Union finances electricity and gas transmission infrastructure projects of European interest. A yearly budget of about 25 Million Euros is spent mainly for supporting feasibility studies. Most of the projects cross national borders or have an influence on several EU Member States.
KPI
Key Performance Indicator. A measurable variable used for monitoring and reviewing progress of CCS technologies that will be achieved with the implementation of the CCS-EII. Example: Cumulative capacity installed, amount of CO2 stored.
Et aussi:
FEED
Front End Engineering & Design.
FID
Final Investment Decision

lundi 24 mai 2010

Limites de l'argument des analogues naturels

Peu de gens réalisent qu'il existe déjà beaucoup de gisements souterrains de CO2, naturels. Amener cet argument dans le débat est scientifiquement et psychologiquement important. Toutefois je voudrais en circonscrire la portée. Ce n'est pas l'argument massue qui va faire basculer tous les CCSceptiques.

En effet, les analogues naturels livrent un message ambigü. On peut bien dire que du CO2 a été stocké pendant des temps géologiques. Par acquis de conscience scientifique, je demande déjà à vérifier et à voir la datation au C-14 du contenu des gisement. Mais surtout, les analogues montre bien que le CO2 remonte à la surface — voir à Montmirail, ou la grotte du chien. Ces remontées peuvent être éruptives, comme dans les geysers. Et même provoquer des catastrophes, comme au Tchad. L'argument de l'existence d'analogues naturels est donc à avancer avec circonspection.

D'autre part, la psychologie montre en effet qu'un risque famillier est moins craint qu'un risque mathématiquement égal mais nouveau. La psychologie montre aussi qu'un risque artificiel est plus craint qu'un risque naturel, et qu'un risque imposé est moins accepté qu'un risque perçu. Dire que le risque lié au CO2 souterrain existe est vécu et géré depuis des siècles par certaines communautés, comme d'autres manifestations volcaniques, peut rassurer sur la première dimension. Mais la force de l'argument est limitée car le risque n'est pas comparable sur les deux autres critères. Injecter du CO2, c'est une action humaine, qui peut impacter d'autres humains.

mercredi 19 mai 2010

FENCO workshop "CCS and public engagement"

Amsterdam, 19 mai 2010. Une quarantaine de participants, beaucoup d'industriels.

Les présentations du matin étaient sans surprises:

  • Eric Drosin a parlé de la ZEP, je lui ai demandé un trackback sur son fil de news. Il serait très intéressé par des chiffres sur l'emploi créé.
  • David Reiner (Cambridge) a parlé de l'engagement du public en Europe.
  • J'ai présenté le cas de Lacq.
  • La session de questions-réponses avec Mrs Poppy Kalesi, Programme Manager CCS, EC DG ENER était blanche, pas d'annonce fracassante. Pas d'avis sur la valorisation/réutilisation du CO2. Il y a probablement moyen, par exemple via la European CO2 capture, transport and storage initiative, qu'ils nous aident à demander une aide (€) une rencontre visant à réseauter les SIG CCS en Europe.
  • Déjeuné à côté de Tore Torp, de Statoil, un personnage qui a suivi l'industrie et l'économie du CCS depuis longtemps. Intervenant idéal par exemple pour le séminaire doctoral Franco-Norvégien de la chaire CTSC.
  • Arnout Jaspers, journaliste scientifique à NWT, a parlé de Barendrecht. Le Blow Out ! avec éruption en couverture de son magazine avait attiré l'attention en avril 2009, il fait remarquer que Nature a repris le concept sur sa couverture de la semaine suivante. S'avère aussi un bon orateur sur ce cas qui est en attente du résultat des élections nationales. Et même si la droite l'emporte et le nouveau gouvernement confirme qu'ils passent outre l'avis des élus locaux, on n'est pas sûr que la Shell continue le projet contre l'opinion publique. Facteurs sociaux défavorables: densité de population, la zone d'injection est entourée de digues sauf sur le côté qui donne sur la cité voisine, et le puits d'injection crée zéro emplois (c'est automatisé !). Autres griefs: le modèle utilisé (obligation légale) pour calculer la dispersion du CO2 est en 2D, la Ministre a mal communiqué au début de l'affaire, Shell monte la mise en disant 'si on peut le faire ici, on va le faire partout, sinon nulle part'.

Au fil des discussions:

  • J'ai parlé du résultat principal du sondage: la connaissance a quasi triplé, l'approbation n'a pas bougé.
  • Mise en avant de la nécessité de découpler le CCS du charbon. La technologie est aussi importante pour les acieries, les cimenteries. C'est encore plus vrai en France. On a cité un manque de confiance qui fait que des ONGs sont contre la CCS parce qu'elles pensent que c'est de la fumée pour faire passer des projets de centrales charbon sans CCS.
  • Le manque de diversité et de débat critique dans l'expertise sur le CCS est un problème en Hollande (aussi).
  • Qui doit faire la communication du CCS, si les industriels et le gouvernement ne sont pas crédibles, les chercheurs et les ONGs n'ont pas les moyens ni la volonté, la question reste posée. Le GCCSI pense à lancer une campagne internationale.
  • Le GCCSI, encore lui, cherche un projet en EU pour organiser un séminaire de deux jours sur les bonnes pratiques de communication et d'engagement du public et ensuite le suivre.
  • Un besoin de recherche: valider les modèles de dispersion atmosphérique avec un essai de relargage en grand. CATO va y penser, Statoil et le UK HSE aussi. J'espère que l'INERIS lit ce blog...
  • Les royalties/compensations ne sont toujours pas décidées.

Un bon congrès, c'est toujours l'occasion d'un remue-méninge sur les pistes à surveiller. En plus des sujets précédents bien sûr, si vous avez du temps de cerveau disponible on pourrait réfléchir ensemble à:

  • La réutilisation/valorisation.
  • La mise en réseau des GIS.
  • Les conflits d'usage du sous sol (aspects sociaux).
  • La planification. Est-il temps de forcer les responsables des collectivités locales à plancher sur "la perspective du CCS chez moi" dans le cadre des plans énergie-climats par exemple.

mardi 18 mai 2010

La posture scientifique

Dans un édito publié par Nature début janvier, Heleen de Conink appelait les chercheurs sur le CCS à conserver une posture critique et à ne pas se faire instrumentaliser comme des avocats de la technologie. Il y a besoin d'une expertise indépendante reconnue et l'industrie fossile qui joue gros a les moyens d'un lobbying efficace.

Mes observations corroborent ces remarques. Je ne vois pas en France d'équipes scientifiques compétentes sur le CCS qui n'ont jamais participé à un projet avec un ou des industriels. Et je n'ai jamais rencontré dans le domaine de lobbyiste moins que charmant et efficace.

Nous les scientifiques devons faire d'autant plus attention que la presse a un effet grossissant. En 2008 l'Ecologiste qualifiait le CIRED —votre serviteur— comme un instrument de l'État aux service des industriels (Mae-Wan, 2008, Le Stockage du CO2 est il une Solution). Et aujourd'hui dans How the World's Oil Giants Are Selling the 'Captured Carbon' Dream, le journal canadien TYEE expose les résultats du séminaire "Communicating CCS" de Novembre à Paris comme un effort mondial pour convaincre le public qu'une technologie non prouvée va permettre d'avoir les énergies fossiles et la protection du climat. C'est un complot !

Pourtant, on sait aussi faire déplaisir aux industriels. En ne se retirant des projets quand notre indépendance serait questionnable, en organisant des évènements publics ouverts sans avoir cadré avec eux de communication préalable, en calculant le nombre de morts attendus par la technologie...

lundi 10 mai 2010

CSC et Mécanisme de Développement Propre (MDP)

Suite au billet de réaction sur le fiasco de Copenhague, discutons maintenant les non-avancées particulières concernant la prise en compte des projets de captage et le stockage du CO2 dans le Mécanisme de Développement Propre (MDP). En VO: CCS and the Clean Development Mechanism (CDM).

L'industrie est évidement pour. Cela rapporterait des millions. Le projet de Bach Ho (White Tiger Field, NM0167) au Viet Nam, par exemple, propose de capter jusqu'à 4.6 Mt CO2/an, de le transporter sur 144 km et de l'utiliser pour la récupération assistée de pétrole. Au cours de plusieurs dollars la tonne de CO2, on parle bien de dizaines de millions de dollars par an.

Mais à Copenhague les négociations n'ont pas beaucoup bougé. D'après la GCCSI Newsletter 1, 1st quarter 2010, les opposants ont pointé les problèmes de responsabilité pour la vérification, les incertitudes sur le taux de rétention du CO2 et l'absence d'assurance pour les risques de fuite ou de dégâts environnementaux. Les critiques portent aussi sur le risque d'éviction sur l'investissement dans les énergies renouvellables et l'efficacité énergétique.

Ce dernier point me semble plus qu'un risque moral. Compte tenu de la taille des projets, inclure le CCS aboutirait facilement à doubler ou tripler l'offre sur le marché des certificats de réduction CDM (CER). Augmentation de l'offre, donc diminution du prix. La segmentation du marché des CER me semble une tendance de fond (comme par exemple la Thailande le fait), parce qu'il est difficile de continuer à mettre dans le même sac les projets d'incinération de CFC22 inévitable à l'échelle industrielle et les projets de valorisation de biogaz villageoises.

A Copenhague, l'Arabie Saoudite, l'Australie, le Japon, le Koweit, le Qatar, et l'Union Européenne se sont montrés favorables à l'inclusion du CCS dans le CDM. Le Brésil, le Paraguay et la coalition des petits états insulaires AOSIS étaient contre. D'après le compte rendu de Tim Dixon "CCS in Copenhaguen, the future work", les conclusions du rapport d'experts commandé par le Bureau Executif du CDM étaient plutôt positives. Le résumé du rapport d'experts, page 23, conclut bien:

The CDM offers an opportunity to support such developments through the development of an overarching international framework for CCS site characterization, selection, monitoring etc in Non‐Annex I countries through the approval of an appropriate methodology.

Mais les experts peuvent écrire ce qu'ils veulent, l'accord politique ne s'étant pas fait la conclusion du Bureau Executif du CDM était plus que prudente:

4. The CDM Executive Board recommends the Conference of the Parties serving as the meeting of the Parties to the Kyoto Protocol to request the CDM Executive Board not to consider any CCS related CDM baseline and monitoring methodologies submission until further guidance is provided.

Bref, les négociations continuent.

mardi 4 mai 2010

La page d'actualités sur le CSC en Europe - Avril 2010 est parue...

et consultable sur METSTOR. L'actualité ce mois ci a été marquée en France par la publication du rapport INERIS sur les risque et par une controverse sur les capacités mondiales réelles de stockage. Côté social, Vattenfall cherche toujours un site pour stocker le CO2 capté à Schwartze Pumpe. Les débats sur le stockage à Barendrecht ont été ravivés le 28/3 par la diffusion d'un documentaire télévisé qui mentionnait un rapport critique retenu par le gouvernement (source: CATO2.)

vendredi 30 avril 2010

Le décollage du CSC dans la presse Française

CSC dans la presse

Cet histogramme (merci à Gilles Mardon, du CIRED) évalue l'empreinte médiatique du thème "Captage et stockage du CO2" à partir d'une recension exhaustive des articles parlant du CSC dans les archives en ligne de quatre quotidiens de la presse nationale française. Deux de ces quotidiens sont généralistes : Le Figaro et Libération, et deux sont spécialisés vers l'actualité économique et financière : Les Echos et La Tribune.

On distingue trois grandes périodes :

  1. Aucune mention du sujet n'apparaît avant 1997. Les années 92-97 correspondent à la période de gestation du protocole de Kyoto.
  2. Entre 1997 et 2004 le sujet est resté absent de la presse grand public analysée, et à peine abordé par la presse économique. Les quatre articles sporadiquement parus en 1997 et 2001 dans Les Echos concernent l'option spéculative du stockage au fond des océans, ou encore la mise en balance de la séquestration du CO2 et de la voie hydrogène. C'est fin 2003/début 2004 que le CSC devient un sujet spécifique : La Tribune expose directement l'enjeu de la séquestration géologique au regard du climat, Les Echos annoncent le lancement du programme CASTOR.
  3. Le thème n'a commencé à émerger qu'à partir de 2005. Les articles sur le CSC restent encore loin d'être quotidiens, typiquement moins qu'une demi douzaine de mentions par trimestre pour chaque journal. La corrélation entre les sources peut s'expliquer par une logique de suivi de l'actualité. La croissance du nombre d'articles est réelle mais pas explosive, ni même régulière.

En dehors des spécificités propres aux différents organes de presse, le profil de cumul fait ressortir deux pics, au premier semestre 2007 puis au second semestre 2009. Le premier pic amorçant sa progression en 2006 après la sortie du rapport spécial du GIEC sur le CSC fin 2005 et avec le lancement officiel du CSC en Europe. L'intérêt journalistique du CSC dépasse la nouveauté de la technologie : c'est la période des premiers engagements industriels.

Le second pic d'actualité cumule l'actualité sociale d'Arcelor-Mittal en Lorraine, l'épisode mouvementé de Copenhague axé sur la réduction des émissions de CO2, le développement du marché international du carbone auxquel le CSC est lié, à un regain d'intérêt pour le charbon comme source d'énergie primaire, et parfois la position pro-CCS de la personnalité médiatique C. Allègre. On note un intérêt particulier de La Tribune, qui a développé l'angle financier, et publié un « chat » avec François Moisan, président du Club CO2. Le pic de fin 2009, lié à Copenhague, est suivi par les inaugurations en tout début de 2010 d'opérations-pilotes de CSC par TOTAL à Lacq et par Alstom aux États-Unis qui sont mises en avant comme des premières mondiales. Au premier trimestre 2010, la courbe de cumul apparaît redescendre aux niveaux du premier semestre 2009, l'avant Copenhague.

Entre 2007 et 2010, la notoriété du CSC auprès des français a progressé. Il reste que l'empreinte médiatique du sujet, quasi nulle avant 2005, reste limitée. Avec l’inauguration du pilote intégré de Lacq et les autres projets de démonstration, l'année 2010 en France pourrait voir l'actualité s'orienter davantage vers des réalités de « terrain ».

jeudi 22 avril 2010

Composition française, sujet: CSC

Pour les bacheliers pressés une dissertation prérédigée sur le CSC est disponible en ligne. A réutiliser avec éthique svp. Nous n'en sommes pas auteurs, et émettons de fortes réserves sur la qualité. La langue ressemble à de la mauvaise traduction, par exemple la 1e phrase dit que: "Une grande partie du CO2 présent sur la Terre est contenu ... dans les mers" ce qui n'est pas très adroit !

Nous invitons plutôt les étudiants à se faire une idée par eux même en particulier avec METSTOR qui est plus complet, plus rigoureux et surtout en accès libre et gratuit sans s'enregistrer.

samedi 17 avril 2010

Emissions du volcan islandais

En Avril l'Eyjafjöll (que l'on prendra soin de prononcer Éyafieutl) émettait de 150 à 300 tonnes de CO2 par jour. Pour rappel, c'est plus de 10 fois le débit du plus gros émetteur industriel français (Source AFP.) En effet, l'acierie Arcelor Atlantique et Lorraine de Dunkerque (Nord) a émis 12.8 millions de tonnes de CO2 en 2007 (source IREP).

Mais c'est moins que le CO2 économisé par l'annulation des vols européens (source: McCandless & Bartels. Planes or Volcano?. version III, accessed 2010-05-04). Il encore un peu tôt pour mesurer un effet rebond qui pourrait éventuellement décompenser, mais une fraction non négligeable des gens de mon entourage qui devaient voyager ont annulé ou pris le train.

mercredi 31 mars 2010

La page d'information mensuelle de Mars est parue sur METSTOR.FR

Au programme de notre page d'information gratuite sur le CSC de Mars: l'annonce de la subvention de deux projets hors électricité, nouveau rebondissement dans la compétition démonstrateurs au Royaume Uni, cinq conférences, et deux communiqués de l'ADENCA.

mercredi 24 mars 2010

Retour sur les conférences CSC 2009

Un séminaire sur les conférences CSC 2009 était organisé par la Chaire CTSC ce matin mercredi 24 mars à Mines ParisTech. On a beaucoup vu le logo du programme IEA GHG, ils sont vraiment une force animatrice de la recherche internationale dans notre champ.

De la présentation sur le séminaire IFP Deep Saline Aquifers for storage de Mai 2009, je retiens cinq techniques pour faciliter l'injection, c'est à dire éviter une surpression excessive:

  • L'aspirateur: On fore des puits de "production de saumure" qui enlèvent l'eau pour faire de la place au CO2 (et avec cette eau on fait quoi ?).
  • Le prélavage: Avant d'injecter le CO2, on peut injecter de l'eau douce 10 heures pour pousser la saumure autour du puits, et éviter ainsi la précipitation de sel qui boucherait les pores.
  • Le pastis: On mélange 15% de saumure à 85% de CO2 pour que cela diffuse plus uniformément donc mieux dans la roche.
  • Le pousse-plume: Après l'injection du CO2, on remet 25% en masse de saumure pour faciliter la dissolution.
  • La répartition: Utiliser plusieurs petits puits plutôt qu'un gros. Le coup du puits horizontal ça marche en offshore parce que de toutes façon ils doivent tous partir d'une plateforme sous-marine unique, donc on creuse déjà en biais à la base. Mais à terre on creuse droit.

Je retiens aussi que faire de la géothermie avec du CO2 comme fluide caloporteur à la place de l'eau = mauvaise idée. À 5% de fuite, c'est trois fois pire qu'une centrale à charbon au niveau émissions.

Sur la Conférence de Trondheim 2009 à laquelle j'avais fait un saut, je retiens les nouvelles estimation des capacités de stockage en gisement de gaz déplété par T. Aiken (IEA-GHG). En prenant en compte le rapprochement sources/puits, 11 Gt pour l'europe de l'ouest, 47 Gt à l'Est, 160 Gt pour le Monde.

On a aussi vu les belles images de soulèvement du sol à In Salah obtenues par interférométrie radar à ouverture synthétique (par satellite quoi). Ça monte de 5mm par an autour des sites d'injection, et par contre ça subside là où ils minent du gaz. Au niveau de la modélisation, toujours rien vu sur la dispersion du CO2 atmosphérique en fonction des vents et de la topographie. Il y a peut être un besoin de recherche là. J'ai ouï dire que les pétroliers s'intéressaient plus à la connaissance de la roche réservoir qu'à la couverture, au dam des stockeurs de CO2. Et aussi qu'à Ketzin, DE, où le projet de recherche s'est relativement bien passé, un facteur positif pour la communauté locale a été le maintien sur place de la caserne de pompiers.

J'ai rendu compte du 1er séminaire IEA GHG SRN organisé au CIRED avec le soutien de la Chaire CTSC. Le rapport du séminaire n'est pas encore publié en ligne, mais il sera envoyé aux membres de la Chaire dès que finalisé. Le guide de bonnes pratiques américain sur l'engagement des communautés locales a intéressé certains participants.

Source/sink matching in Europe

CO2 source-sink matching in Europe. Geocapacity 2009, cited by SECURE deliverable 5.3.2

CO2 source-sink matching in Europe. EU Geocapacity 2009, cited by SECURE project deliverable 5.3.2.. Ce rapport d'ingénieurs et d'économistes discute de la structure verticale de la chaîne captage-transport-stockage du CO2 en Europe. A la lumière de l'étude du développement du réseau de pipeline de CO2 aux USA, les auteurs proposent un backbone européen et mettent en avant le rôle des États pour cela.

lundi 15 mars 2010

Le jeu des logos


CCSlogo_RGB_220px from Zero Emission Platform Chaire CTSC, image logo
Logo CSLF anonymous
Logo GCCSI anonymous http://www.clubco2.net/images/sitesACS/ClubCO2/logo.jpg
Graphic of clean air power station - click here to return to homepage logo ANR CO2 200px
Logo CO2 Geonet blurred Logo CO2 club
Geocapacity logo blurred Logo CO2 club romania
CACO2S sticker Logo CO2 capture project image only

jeudi 4 mars 2010

La revue mensuelle gratuite sur l'actualité du CSC

Notre revue d'actualité politique, médiatique et de la recherche autour du CSC pour le mois de février est en ligne sur www.metstor.fr. La question commence à se politiser pendant que les projets continuent.

mardi 2 mars 2010

Une carte des projets CSC dans le monde

CSC projects map. (c) Scottish Centre for Carbon Storage, School of Geosciences, University of Edinburgh (www.geos.ed.ac.uk/ccsmap). Accessed 2010-03-02.

En vert les projets qui injectent, en jaune ceux qui veulent injecter, et en rouge ceux qui n'injectent pas ou plus. Cliquez pour accéder à la version dynamique sur le site du Scottish Centre for Carbon Storage, School of Geosciences, University of Edinburgh (www.geos.ed.ac.uk/ccsmap).

Voir aussi l'affiche du colloque BRGM/IFP/ADEME.

mercredi 3 février 2010

Captage et stockage du CO2, enjeux techniques et sociaux en France: le livre du blog est paru aux éditions Quae.

J'ai le plaisir de vous annoncer la parution le 8 février 2010 de l'ouvrage collectif intitulé Captage et stockage du CO2. Enjeux techniques et sociaux en France dont j'ai coordonné l'édition avec Naceur Chaabane au CIRED, Benoît de Guillebon à l'APESA et le support éditorial de Nadia Belalimat au CIRED.

A l'heure où partout en Europe se lancent de grands programmes de recherche et de démonstration, cet ouvrage propose pour la première fois le point sur les grands enjeux de cette technologie en France. Pour cela, il offre un état des connaissances scientifiques dressé par les spécialistes en France. Au delà de la seule opinion des experts, ce volume se place sous l’angle du dialogue social en réunissant et confrontant les points de vue des diverses parties prenantes, des ONGs aux industriels sans oublier les citoyens ni l'État. En plus d'une synthèse de littérature sur la question de l'acceptabilité sociale de cette technologie, deux instruments de participation sont discutés: un atelier de dialogue et un site internet d'information géographique sur le sujet.

Synopsys

L’ouvrage est organisé en trois parties. La première constitue une introduction à la technologie de captage et stockage du CO2, le CSC. En quatre chapitres, les meilleurs spécialistes français abordent successivement les questions scientifiques, techniques, économiques et sociales: Cette technologie est-elle une réponse nécessaire au changement climatique, devant les autres options disponibles ? Quel est son potentiel de développement en France, compte tenu des réalités géologiques et industrielles ? À quel point son coût pourrait-t-il majorer notre facture énergétique ? Quels sont les débats de politique publique qu’il soulève ?

La seconde partie de l’ouvrage aborde spécifiquement la question de l’acceptabilité. L’approche se fait sur le mode participatif et non académique: il s’agit d’écouter des parties prenantes. Un chapitre est consacré aux leçons de la planification du développement de l’énergie éolienne, afin d’établir un état des lieux quand à la décision participative aujourd’hui dans notre pays. On s’intéresse ensuite à la position de deux acteurs-clés non gouvernementaux avec le chapitre qui présente le point de vue d’une association environnementale, le Réseau Action Climat France, suivi du chapitre rendant compte des recommandations d’un jury de citoyens organisé par l’Entreprises Pour l’Environnement. Seront ensuite publiées les contributions courtes écrites à l’occasion de la journée de débat par des membres de l’association des journalistes scientifiques, des industriels, des citoyens et des hauts fonctionnaires bien informés.

Enfin la dernière partie de l’ouvrage propose deux contributions spécifiques du projet de recherche METSTOR à l’origine de cette journée de dialogue. Il s’agit d’une part de la synthèse et l’analyse du débat organisé entre scientifiques, industriels, services de l’état, collectivités, associations et journalistes, dialoguant trois heures ensemble pour la première fois en France sur ce sujet. De l’autre, nous présentons le système d’information géographique réalisé par le projet. Mis à libre disposition du public autant que des industriels intéressés par le stockage du CO2, cet outil caractérise une évolution de l’approche de la décision en matière d’environnement dans la société française du XXIe siècle.

Remerciements

Un grand merci à Ignacy Sachs pour la préface et aux auteurs: Benoît de Guillebon (APESA), Alain Bonneville (IPGP), Didier Bonijoly (BRGM), Paula Coussy (IFP), Alain Nadai et Olivier Labussière (CIRED), Jean-Pierre Moussaly (RAC-F), Séverin Fisher (EPE), Antoine-Tristan Mocilnikar, Ana-Sofia Campos et Myriam Merad (INERIS), Gilles Mardon (CIRED), Aurélien Leynet (BRGM), Eric Drosin (ZEP). Ce livre est issu d'un atelier de dialogue sur le captage et le stockage du CO2 organisé par le CIRED et l'APESA le 27 avril 2007 dans le cadre des projets de recherche METSTOR et SOCECO2 avec le support de l'ANR et de l'ADEME.

Ouvrage publié chez Quae dans la collection Update Sciences & Technologies', ISBN 978-2-7592-0369-7. Disponible en papier (30€) et en version électronique (21€).

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